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AVANT PROPOS DU LIVRE DE BRETAGNE ATELIER

De la contrainte naissent la liberté et le vouloir ! Voilà trente ans que le groupe Bretagne Ateliers vit la plénitude de cet aphorisme. Lui, qui emploie plus de cinq cents personnes handicapées sur quelque huit cents salariés, réalise l’essentiel de son activité dans le secteur si exigeant de la construction automobile. Cet atelier protégé, l’un des premiers de France, met son économie au service de sa raison d’être : aider l’insertion socioprofessionnelle des personnes handicapées et leur offrir des solutions de travail en vue d’intégrer la société.

Dans la signature de son logo, le groupe affirme « Bretagne Ateliers, un engagement différent ». Un argument publicitaire pensez-vous. À tort. Son engagement diffère bien plus qu’il ne le prétend. Mais l’entreprise est très modeste. En réalité, chez Bretagne Ateliers, vous accédez à la quatrième dimension de l’univers entrepreneurial! Vous n’êtes nulle part ailleurs.

Positionné sur un domaine où la mondialisation fait rage et où les délocalisations désespèrent, le groupe entreprend sans cesse et demeure une entreprise à générer de l’espoir. Sa foi en l’avenir procéderait-elle de sa certitude que la plus grande différence entre les entreprises d’un même secteur tient à leur mode de gestion des hommes ?

Si toutes invoquent le management des ressources humaines, certaines réalisent une gestion technicienne et administrative de dossiers numérotés, d’autres gèrent des salariés jetables, d’autres encore managent des hommes et, enfin, d’aucunes placent l’homme au centre de leur organisation. Bretagne Ateliers compte parmi ces dernières. Les valeurs de sa charte en attestent, elles, qui prétendent aider à faire réussir les salariés, les clients et le groupe. Pour cette entreprise, portée par une association, l’homme est capital. Vraiment !

De belles paroles direz-vous. Et, sans doute, attendez-vous des preuves ? Elles ne manquent pas.

L’entreprise emploie des salariés reconnus avec la qualité de travailleur handicapé et orientés en atelier protégé par une Commission technique d’orientation et de reclassement professionnel (Cotorep). Il s’agit de personnes brisées par la maladie, cassées par la pénibilité du travail ou rejetées par la société faute de répondre à ses critères de normalité. Mais, toutes ont un point commun : elles ont choisi de s’assumer !

Elles associent fréquemment plusieurs handicaps, d’origine physique : pathologies motrices, malformations, maux de dos, etc.… et/ou psychique : états dépressifs, déficiences mentales, etc. et/ou sociale : illettrisme, alcoolisme, étrangers en voie d’intégration, marginaux, etc.

Dans leur majorité, ces personnes ont cumulé le handicap au chômage de (très) longue durée et à la marginalisation. Elles connaissent donc le sens littéral du verbe galérer et peuvent d’autant mieux témoigner de la réalité du mode de management conduit par le groupe « L’atelier protégé m’a évité la misère. » « Sans Bretagne Ateliers, je serais à la rue. » « Pour moi, ce n’est pas une usine, c’est ma maison. » « Bretagne Ateliers m’a apporté ma vie sociale. »

Une équipe de bras cassés dirait cruellement certains. Mais une équipe qui bluffe plus d’un patron. Tel ce breton, leader européen sur son marché qui, visitant l’entreprise, constatait : « Les ateliers sont bien organisés et les salariés donnent le meilleur d’eux-mêmes. Ils sont fiers de leurs résultats et de leur qualité. C’est incroyable qu’ils tirent une pareille force de leur handicap. Bretagne Ateliers est plus une entreprise d’entrepreneurs que d’ouvriers : elle finit par obtenir dans le temps de meilleures performances que celles qui ont tout ».

En fait, le Groupe puise sa force dans la volonté et la ténacité de ses salariés qui ont emprunté un itinéraire chaotique, fait de remise en cause personnelle, d’échecs changés en réussite, de lutte pour la reconnaissance sociale.

Cette pugnacité collective permet à l’entreprise d’afficher des résultats sociaux, managériaux et économiques reconnus au plan national. Son niveau de qualité et sa performance industrielle égalent au moins celles de ses semblables du secteur « classique ». Pour preuve, en 2003, le Groupe a reçu l’Oscar d’Or d’Ille-et-Vilaine, alors décerné pour la première fois à une entreprise de l’économie sociale.

Une des clés de la réussite de cette entreprise hors norme tient à la volonté de ses salariés. Les personnes handicapées ont une revanche à prendre sur la vie. Les valides adhérent avec force aux valeurs du groupe. Un état d’esprit maison, cultivé par l’équipe de direction, contribue à les faire vivre auprès de l’ensemble des équipes. L’appropriation, par le plus grand nombre, explique que cette entreprise à tisser du lien social puise dans son collectif une force autrement supérieure à celle de la somme arithmétique de ses individualités.

Une autre clé tient à la personnalité de son directeur général durant vingt-neuf ans, Jean-Michel QUEGUINER. Cet humaniste a su concilier l’utopie sociale et le pragmatisme économique. Toujours en quête d’idéal, il a montré un réalisme déroutant. Son secret ? Donner envie d’avoir envie… de lutter pour prendre sa place dans la société. Il travaille donc sur la confiance plutôt que sur le doute et la crainte. Ce cristalliseur d’énergie sait que la motivation d’une personne handicapée peut atteindre une puissance inimaginable par un valide !

Sa démarche ne laisse pas de place à l’apitoiement, ni à la compassion à l’eau de rose, encore moins à l’angélisme. Et le groupe considère les personnes handicapées pour ce qu’elles sont, des êtres humains à part entière : il leur reconnaît les mêmes droits que ceux accordés à tout un chacun. Il les laisse donc libres de leur choix, jusqu'à celui de ne pas vouloir s’engager dans la bataille de l’intégration… Corollaire de cette liberté, seules les volontaires y restent.

Comme toute autre entreprise, Bretagne Ateliers a vécu des périodes scabreuses. La conjugaison du verbe partager était alors plus que jamais d’actualité. Le personnel partageait la misère de l’entreprise comme le temps de travail. D’ailleurs, depuis ses débuts, Bretagne Ateliers dissocie les emplois des marchés et des métiers. Ses salariés ne dramatisent donc pas la fin d’un contrat et ne vivent pas avec l’angoisse de perdre leur emploi. Angoisse d’autant moins présente qu’il n’a jamais pratiqué de licenciement économique !

Le mode de transmission du pouvoir de la direction générale constitue un autre gage de pérennité. Jean-Michel QUEGUINER souhaitait laisser la main durant l’année de ses cinquante huit ans. Dès 1998, il recrutait Daniel LAFRANCHE, ingénieur des Arts et Métiers, qui a eu le temps de s’approprier la culture du groupe avant d’en prendre les commandes en 2004.

Pour une grande part, la puissance collective de Bretagne Ateliers tient à son mode de management, fondé sur la notion de la pyramide inversée. Il s’appuie sur des méthodologies industrielles qui placent l’opérateur au centre des attentions de l’organisation, favorisent sa participation et font de chaque salarié un entrepreneur du progrès permanent.

Le lecteur peut s’interroger. N’est-il pas facile de se prévaloir d’une dimension sociale quand l’état vous accorde de substantielles subventions ? Sans doute. Si c’était le cas. Mais tant s’en faut ! Le public confond un centre d’aide par le travail (CAT) et un atelier protégé qui, lui, perçoit juste l’équivalent de deux pour cent de son chiffre d’affaires en subsides.

Or, Bretagne Ateliers doit gérer des surcoûts en surface de locaux, en personnel d’encadrement, en aménagements ergonomiques, en équipements, etc. pour servir sa vocation. Il lui reste donc à faire mieux que les autres avec moins de moyens !

L’entreprise est reconnue pour la qualité de ses prestations, et pour celle de son service. Chez elle, le client est roi ! Foin la formule gratuite. Il l’est, dans le cadre d’un partenariat bien compris, et sans naïveté. La primauté du client contribue à sa fidélisation et à sa pérennisation.

Le partage de valeurs et d’objectifs aide à la cohésion sociale, donne du sens aux actions du Groupe et sert sa performance générale. La démarche démontre l’absence d’antinomie entre un projet économique et la prééminence de l’homme.

L’histoire singulière de Bretagne Ateliers et de son collectif atteste de l’existence d’une voie médiane entre le capitalisme sauvage qui utilise l’homme et le secteur social qui porte un regard suspicieux sur toute action économique.

Cette aventure illustre que l’économie sociale ne tient pas de l’utopie mais constitue une voie parmi d’autres. Qu’un Jean-Luc FOUCHER diplômé d’HEC et conseil de dirigeants, auteur du livre, Ressources in-humaines, déclare que « le management du Groupe Bretagne Ateliers pourrait être celui du XXIe siècle », laisse à espérer. Entreprendre n’impose pas de remplacer son cœur par un carnet de chèques : les sacrifiés du capitalisme et les laissés pour compte d’une société égoïste peuvent espérer atteindre l’intégration sociale. D’autant que de nombreuses autres entreprises placent l’Homme au cœur de leurs préoccupations.

Le groupe n’a pas atteint seul la position qu’il détient en 2005. Mais, force est de constater que les entreprises capitalistes lui ont apporté une aide plus tangible que celle de l’état, du service public et des collectivités territoriales. Ceux-ci demeurent à la traine dans l’aide à l’intégration des personnes handicapées. Oh, bien sûr, pas dans les discours. Mais dans les faits !

Quand, depuis longtemps, nombre de firmes, grandes, petites et moyennes, font confiance à Bretagne Ateliers, le service public et les collectivités territoriales se distinguent par leur grande discrétion. Un ticket de métro suffirait pour lister les contrats confiés. Et les volumes concernés ne supportent pas la comparaison. Des miettes ! Rien que des miettes !

Bretagne Ateliers a toujours porté une attention particulière à la compréhension des messages qu’il transmet à ses salariés, aux capacités intellectuelles disparates. Persuadée qu’un dessin aide à la compréhension des mots, la direction fait depuis longtemps appel au talent du dessinateur humoristique Gérard COUSSEAU, alias Gégé.

Fin 1992, la crise économique atteint toutes les entreprises, Bretagne Ateliers comprise. Si la sinistrose s’y insinue, pas question de la laisser l’envahir ! Surtout qu’elle franchit une nouvelle étape dans sa quête de qualité. Appelé en renfort, Gégé traduit l’abstraction en pochades et donne vie à trois personnages, composites de farfadets des temps modernes et de korrigans urbanisés.

Achille, le philosophe, allie la sagesse et la sérénité à l’esprit de synthèse : il s’impose, naturellement.

Pragmatique de l’instant et râleur impénitent. Sam s’applique sans cesse à retenir la face noire des évènements.

A l’inverse, optimiste invétérée, Claire ne remarque que les verres à moitié pleins. Mis au-devant de la scène l’espace de quelques années, le trio remplit sa mission, puis retourne dans l’ombre.

A l’occasion des trente ans de Bretagne Ateliers, les trois acolytes réapparaissent pour conter son aventure, de la lutte de longue haleine pour ouvrir un petit atelier protégé en 1975 à la construction d’une usine de quinze mille mètres carrés sur le site prestigieux des équipementiers de l’usine rennaise du groupe PSA Peugeot Citroën au début des années 2000.

En même temps, ils évoquent l’histoire indissociable de l’Association Bretagne Ateliers qui assume la responsabilité juridique de l’entreprise.

L’ambition d’Achille, Sam et Claire va au-delà. Ils souhaitent mettre en relief la façon dont le collectif humain qui compose l’entreprise conjugue le verbe « solidariser » à tous les temps. D’autant qu’il le fait de façon singulière, par sa durée comme par son intensité. Si, parfois, le conditionnel l’emporte, le présent reprend toujours vite le dessus.

A la lecture de cette saga de trois décennies vécues dans la bonne humeur collective malgré les difficultés et les douleurs individuelles ou partagées, ils espèrent donner à d’autres l’envie d’entreprendre.

Enfin, les personnages entendent montrer que l’entreprise à vocation sociale est crédible. Ils vous invitent à la découvrir.

Alors n’attendez pas une seconde de plus, allez sur le site internet de BA (Bretagne Ateliers) commander votre exemplaire d’un récit passionnant, l’histoire des débuts de BA. Le SITE : www.bretagne-ateliers.com Le TITRE du LIVRE : Le défi du handicap en entreprise L'exemple de Bretagne Ateliers (Yves Laurence)

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